Vie ma course  : Wildstrubel 100k by UTMB

08/10/2026

Septembre 2026

Un peu plus de deux mois après l'Ironman de Roth, où j'ai battu mon record, me voilà de nouveau sur une ligne de départ : le Wildstrubel 100k by UTMB. Un monstre de 70km et 4300d+ (course).

On ne peut pas dire que la préparation ait été optimale. Déjà, il a fallu récupérer pendant quelques semaines après l'Ironman. Ensuite, il a fallu jongler avec la vie de famille, la canicule et la reprise progressive de l'entrainement en très peu de temps. Donc tout ça pour dire que ce n'est pas dans une forme olympique que j'arrive à Crans-Montana.

Le départ est donné depuis Kandersteg à 7h00. Notre logement étant à l'arrivée à Crans-Montana, il fallait se lever très tôt (3h) pour rejoindre le départ ! Au menu : un bus pendant environ 20min puis un train pendant environ 1h ! J'ai eu la chance d'être assis en première classe, et donc d'avoir beaucoup d'espace, mais tout de même, c'est long !! J'ai connu plus facile mais aussi plus ardu (aux bons souvenirs de Nice 100k by UTMB et les 2h30 de car en montagne).


Forcément, vu qu'on arrive tous en même temps, les toilettes sont prises d'assaut. C'est donc juste quelques minutes avant le départ que je suis dans le SAS. Vu l'entrainement, j'ai comme objectif d'aller doucement en descente, ne pas trop forcer dans les montées et surtout prendre du plaisir. Le temps estimé est d'environ 12h à 13h.

3,2,1... GO ! Le départ est donné dans un petit village perdu au milieu de montagnes immenses. Le temps est dégagé, il ne fait pas froid. Les conditions sont parfaites pour vivre une magnifique journée !


Les choses sérieuses commencent après 3km de bitume : 8km pour 1200d+. Voilà le décor est planté, accrochez-vous, ça va faire mal. La montée dans l'ensemble très régulière se fait plutôt bien. Après quelques kilomètres, on arrive dans les alpages, perdu au milieu de nulle part, avec uniquement les vaches pour nous soutenir (ou nous ralentir quand elles sont au milieu du chemin).


Plus on avance dans la montagne, et plus je me demande par où on va sortir. Il n'y a pas de chemin ! Et pourtant, bien caché, un petit sentier nous permet de passer par une fenêtre et d'avoir un panorama génial de l'autre côté de la montagne.

Les premiers mètres de descente sont, par contre, très très raides ! Je me fais un peu dépassé, mais ce n'est pas grave, mon égo connait l'objectif : finir la course sans avoir trop mal aux jambes.

J'arrive au premier ravitaillement à Abelboden après 2h40 (18km / 1300d+) à la 252e place. Petit passage aux toilettes, enfin assez long vu la queue qu'il y avait, et c'est reparti. Avec cette histoire, je perds quand même 42 places dans la bataille !

Prochaine portion : 9km / 950d+ avec une descente au milieu. Encore une belle partie en perspective. Le terrain n'est pas technique mais assez raide, donc les bâtons sont très utiles ! Par moment, je me prends pour Simon Paccard à courir dans des pentes à 30%. Et puis, très vite, je me rappelle que je ne suis pas Simon Paccard. Donc, je marche. Mais bon, le fait que je puisse faire ça, montre quelque part, que mes jambes sont plutôt en formes et qu'elles pourraient encaisser un peu plus si je n'était pas trop prudent.

Les paysages sont absolument splendides, c'est un vrai bonheur, et plaisir, de pouvoir courir dans ces endroits. J'arrive au ravitaillement suivant, à Sillerebüel, en haut de la montagne, ou plutôt d'une station de ski. Cela fait 4h26min de course et 27km / 2300d+. Pour l'instant, tout va bien.

S'en suivi une longueeeeee descente vers le prochain ravitaillement à Lenk. La descente n'était pas technique, donc je pouvais tout de même me laisser aller, mais toujours avec un petit ange sur l'épaule qui me disait sans cesse "ménage tes efforts petit homme, la course est encore longue". Encore une fois, mon égo connait l'objectif, donc il la ferme. Même si je n'ai pas mis d'intensité dans la descente, j'ai tout de même pris beaucoup de plaisir, car même en allant doucement, je dépassait du monde ! Je le dis et dis encore : les trailers, en général, ne savent pas descendre !

Le ravitaillement à Lenk (5h23min / 36km / 2400d+) est express ! 1min01 !! Ben Dihman n'aurait pas fait mieux ! C'est à ce ravitaillement qu'il y a eu un contrôle du matériel obligatoire. Le premier contrôle que je vois sur une course ! Il est important que tout le monde soit sur le même pied d'égalité.  Quand j'en vois partir avec un sac à dos tout plat et une flasque pour une épreuve dans la haute montagne, c'est clairement, on peut le dire,  tricher. Dans matériel obligatoire, il y a un mot important, et bizarrement ce n'est pas matériel. Si le matériel n'est pas obligatoire, alors il est facultatif, et dans ce cas il y aurait écrit "matériel facultatif/recommandé". Bref.

Après Lenk, petite étape de 8km et 500d+ pour rejoindre Iffigenalp. Une promenade de santé par rapport à ce qui nous attend après. On est beaucoup plus dans la forêt, et ce n'est pas désagréable, car il commence à faire un peu chaud. Le parcours est très roulant et je relance dès que je peux. Un long faux plat nous amène au ravitaillement de Iffigenalp. 6h41min / 44km / 2900d+.


Grâce aux ravitaillements express que j'ai fait à Lenk et Sillerebüel, je suis passé de la 295e place à la 219e. Là par contre, je prends un peu plus mon temps, car il faut vraiment faire le plein d'énergie avant le mur qui se dresse devant nous. 5,5km / 1200d+. Voilà, emballé c'est pesé. Pas grand chose en fait, juste un KV à faire après 45km de course. Et tout de suite, la montée est raide, pentue et abrute. Vive les bâtons ! J'ai trouvé mon rythme de croisière et je me sentais bien. Fatigué, mais bien. Je trouvais déjà ça difficile, mais quand on doit prendre 250d+ sur les 600 derniers mètre de l'ascension, là j'ai craqué. J'ai même hésité à jeter mes bâtons. Bon, je ne l'ai pas fait car sinon j'aurai été obligé d'aller les chercher et donc de faire encore du D+. J'avais beaucoup de mal à avancer et mettre du rythme. L'avance que j'avais sur les poursuivants a fondu comme neige au soleil, ou plutôt comme du beurre sur une casserole. Très très très vite. Cette montée n'en finissait pas, c'était interminable ! Mais heureusement, à un moment donné, j'ai fini par arriver. Enfin, mon corps est arrivé, car mon esprit lui était encore loin derrière.

J'arrive à la Cabane Wildstrubel après 8h33min / 50km / 4100d+. Je répète : 50km et 4100d+. Non, vous n'avez pas compris : 50km et 4100d+ !!!! Je ne savais même pas que c'était physiquement possible d'avoir ce ratio ! Par contre, contre toute attente, et là je dois dire que c'est un évènement en soit : c'est la première fois dans l'histoire de toute l'Humanité, que je gagne des places dans une montée raide ! Champagne ! Ou plutôt ISOthonique !


Là, pour le coup, vu que j'ai dû attendre mon esprit rejoindre le haut de la montagne, je n'ai pas battu le record du temps passé au ravitaillement. A 2800m d'altitude, il fait un peu froid, donc je n'ai pas trop trainé non plus. Ce qui est bien, c'est de ce dire que maintenant, il ne reste plus que 200d+ sur les 20 derniers kilomètres ! Et CA, c'est top !! Bon là par contre, vu que les jambes avaient bien répondu jusqu'à la montée de la mort, mon égo a pris le dessus. Je paraphrase un peu mais cela ressemblait à Il m'a dit "tu m'emmerdes avec ton allure d'escargot, moi je veux aller vite !" Je dois dire, que j'ai eu du mal à le contenir. En fait, je n'ai pas réussi, j'ai rapidement abdiquer, et je l'ai laissé prendre le contrôle.

Même si on en avait bavé pour atteindre le sommet, les paysages étaient grandioses, et font oublier, un peu, ou pas, la douleur.

Place à la descente. Musique dans les oreilles et c'est parti. A chaque course, c'est toujours LE moment que j'attends. Celui que je repère, où je me dis "Là, tu vas mettre la musique et te laisser aller". Et bien comme Ben Dihman, c'était le Flow. Flow. Flow. Je volais de pierre en pierre. Les jambes avançaient toutes seules. J'avais l'impression que la fatigue n'avait pas d'emprise sur moi. Une bulle. J'étais littéralement dans une bulle, où rien ne pouvait m'arriver.

Au dernier ravitaillement, celui du Barrage du Tseuzier, petit arrêt pour faire le plein avant de repartir, toujours sur le même rythme, avec le même Flow.

Dernière descente. Il y avait beaucoup de sections roulantes, et d'autres beaucoup moins où on devait courir sur des ponts suspendus à flanc de montagne. Par endroit, il fallait se baisser énormément au risque de se cogner la tête sur la falaise. Il y avait même une très longue passerelle ! Ceux qui avaient le vertige ont du bien galérer. En plus avec les athlètes qui courraient dessus, ça bougeait énormément ! Avec ces multiples relances, les kilomètres n'avançaient pas très vite, même en courant rapidement. 


J'arrive enfin dans le centre de Crans-Montana, et je passe la ligne d'arrivée en 11h15min à la 193e place sur 901 participants. J'ai pu retrouver mon assistante de luxe, Valérie et ma fille, qui ont attendu moins de temps que prévu ! C'est toujours un plaisir de les retrouver. Pour elles aussi c'est une épreuve. Il ne faut pas minimiser la dureté de l'assistance. Très content de cette course, de l'organisation, des sensations. C'est une course que je referai avec plaisir car le parcours était vraiment magnifique. Grâce à une alimentation bien maitrisée, j'ai pu avoir de l'énergie tout du long du parcours. C'est un autre point positif à retenir. Manger, manger, manger.


Maintenant, on récupère, un peu, car dans un mois, il y aura 120km en Turquie à Cappadoce  !

Share